Vu de dos, le Christ révèle un détail rare dans la statuaire chrétienne : une longue tresse de cheveux qui descend dans le dos. Aucune statue de catalogue ne la porte. Aucun moulage en série ne la propose. C'est une iconographie volontaire, théologiquement réfléchie — fidèle à ce que le Christ historique a probablement été, dans son corps de Juif palestinien du Ier siècle.
Cette tresse renvoie à trois traditions convergentes. D'abord, au Saint-Suaire de Turin : le linceul de lin sur lequel se lit l'empreinte d'un homme supplicié aux cheveux longs noués dans le dos. Ensuite, au naziréat évoqué dans le Livre des Nombres au chapitre 6 — vœu juif de consécration totale à Dieu, où celui qui s'engageait ne se coupait plus les cheveux pendant la durée du vœu. Enfin, à la coiffure des rabbis de l'Antiquité juive — ces maîtres et docteurs de la Loi auxquels le Christ s'identifiait. Marie-Madeleine ne l'appellera-t-elle pas, au matin de Pâques, Rabbouni — « mon Maître » ?
Ce détail dit que le Christ charpentier de Nazareth est pleinement homme, pleinement juif, pleinement de son temps. Une iconographie vraie, qui prend la tradition au sérieux et refuse les conventions paresseuses des statues de série. Pour le Cloître Saint-Jérôme des Apprentis d'Auteuil, c'est aussi un signe éducatif : montrer aux jeunes accueillis que le Christ a été un homme parmi les hommes, avec un corps, un peuple, une époque, un métier. Une statue d'art sacré qui enseigne autant qu'elle prie.