Au pied de la statue, gravée dans la pierre calcaire avec un burin fin, l'inscription : « Jésus charpentier ». Deux mots seulement. Mais ces deux mots nomment l'œuvre, et avec elle tout son sens iconographique. Pas un Christ glorieux. Pas un Christ de la Passion. Pas un Christ enseignant. Le Christ ouvrier de Nazareth, dans sa vie cachée, qui sanctifie chaque heure de travail honnête — celui que la liturgie appelle parfois « Saint Joseph artisan » par contagion, mais qui est bien Jésus lui-même, dans son métier d'avant la prédication.
Cette tradition de graver le nom dans la pierre est aussi vieille que la statuaire chrétienne. Sur les portails des cathédrales gothiques, sur les tombeaux médiévaux, sur les autels romans, l'inscription accompagne l'image et la précise — pour celui qui sait lire et pour celui qui devine. Une statue d'art sacré bien faite ne se contente jamais d'évoquer son sujet : elle le nomme, l'inscrit, le déclare. C'est une question de vérité plus que de communication.
Pour les jeunes accueillis aux Apprentis d'Auteuil de Marseille, cette signature dit quelque chose de radicalement encourageant : le Christ porte le titre de leur métier. Charpentier, comme un de leurs camarades de formation pourrait l'être. Charpentier, comme un travail de mains qu'on apprend, qu'on transmet, dont on tire son pain. Ce que d'autres iconographies relèguent au plan symbolique, cette statue en pierre naturelle le dit de la manière la plus simple — par une signature gravée, lisible, durable. Pour les siècles à venir.