Après le tracé des grandes masses sur le bloc, vient l'étape du dégrossissage : il faut retirer rapidement plusieurs centaines de kilos de pierre superflus pour faire émerger les volumes essentiels de la sculpture. Sur cette vue, on me voit travailler au burineur perforateur — un outil pneumatique puissant qui frappe le ciseau plusieurs centaines de fois par minute, permettant d'attaquer la pierre calcaire avec une efficacité hors de portée du seul ciseau à main.
Le burineur n'est pas de la facilité : il demande au contraire une maîtrise gestuelle exigeante. Une mauvaise inclinaison, une seconde d'inattention, et la pierre éclate où il ne fallait pas. C'est la raison pour laquelle, dans la statuaire en pierre naturelle, l'outil mécanique reste toujours subordonné à l'œil du sculpteur — il ne fait que multiplier la force du geste, jamais le remplacer.
Cette phase fait passer le bloc de l'état brut à celui d'une silhouette reconnaissable : la masse du corps, la position des bras, le volume de la tête, l'ébauche de la tunique. Pour cette statue du Christ charpentier de 2 mètres destinée aux Apprentis d'Auteuil de Marseille, le dégrossissage a duré plusieurs jours d'atelier — chaque coup de burineur engage l'œuvre un peu plus, sans retour possible. C'est ce qui distingue la taille directe du modelage : on ne corrige pas, on creuse.