Une fois le bloc dégrossi, on passe à l'étape la plus longue et la plus exigeante : l'avancement au ciseau et à la massette. Ici, le burineur perforateur est rangé. La main reprend le contrôle total. Frappe après frappe, le sculpteur précise les volumes, dégage les plis de la tunique, sculpte les mains, modèle le visage. C'est une opération millimétrique : chaque coup de massette retire à peine quelques grammes de matière.
Le ciseau à pierre est un outil aussi vieux que l'art lui-même — Phidias travaillait au ciseau le marbre du Parthénon, les compagnons médiévaux taillaient au ciseau les statues des cathédrales gothiques, Bernin sculptait au ciseau ses anges baroques. Aucune machine, jamais, n'a remplacé ce dialogue subtil entre la main, l'outil, la pierre et le regard. C'est par lui que passe ce qu'on appelle, dans le métier, la patte du sculpteur : la trace personnelle qui distingue une œuvre d'art d'un produit industriel.
Sur cette photographie, on me voit dans cet effort silencieux. Le visage du Christ charpentier commence à émerger de la pierre — il faut des dizaines d'heures de travail au ciseau pour qu'un regard apparaisse, qu'une bouche se forme, qu'un sourire s'esquisse. C'est ce travail-là, pour les Apprentis d'Auteuil de Marseille, qui produira une statue religieuse capable d'accompagner pendant des siècles, dans la chapelle du Cloître Saint-Jérôme, la prière des jeunes accueillis. Une sculpture en pierre naturelle taillée à la main, et rien d'autre.