Plusieurs mois de travail ont passé. La statue du Christ charpentier se tient debout, achevée, dans la lumière de l'atelier du Var. Le sculpteur s'y tient auprès une dernière fois — moment grave et joyeux à la fois — avant le départ vers la chapelle des Apprentis d'Auteuil à Marseille. C'est l'aboutissement de la taille directe : ce qui était bloc de pierre brut est devenu présence, regard, geste suspendu.
Une statue en pierre naturelle taillée à la main, c'est le résultat de centaines d'heures de geste patient, d'allers-retours autour de l'œuvre, de pas en arrière pour vérifier les proportions, de plans rapprochés pour finir les détails. C'est aussi des moments de doute et des moments de grâce où la pierre semble livrer sa forme intérieure d'elle-même. Aucune machine, aucune chaîne de fabrication, aucun moulage ne peut produire ce que produit cette relation directe entre l'œil, la main et la pierre.
Cette photographie marque la fin d'un cycle et le commencement d'un autre : la statue va commencer sa vie dans son lieu de destination. Elle accompagnera, pendant des décennies puis des siècles, la prière des jeunes accueillis par les Apprentis d'Auteuil. C'est la promesse de toute statue d'art sacré en pierre naturelle : traverser le temps, devenir un repère silencieux pour ceux qui viendront. Comme l'ont fait avant elle toutes les grandes statues de notre patrimoine, des cathédrales aux humbles chapelles de campagne.