L'œuvre est sculptée — il reste à la protéger pour les siècles. Pour cela, j'utilise une technique aussi ancienne que la pierre elle-même : le lait de chaux. C'est ce badigeon traditionnel qui a recouvert la quasi-totalité des statues médiévales de nos cathédrales et de nos églises — et qui leur a permis de traverser huit siècles d'intempéries sans perdre leur grain.
Le lait de chaux n'est pas une peinture. Préparé à partir de chaux aérienne diluée dans l'eau, il pénètre les pores de la pierre calcaire, se carbonate au contact de l'air, et forme avec la pierre une couche minérale microscopique qui ne s'écaille jamais. C'est le contraire d'un vernis ou d'une résine qui se déposerait en surface : la chaux fait corps avec la pierre, l'unifie, la nourrit, la protège. C'est la technique recommandée par les Architectes des Bâtiments de France pour la restauration du patrimoine — une garantie de pérennité.
Pour le Christ charpentier des Apprentis d'Auteuil, j'ai appliqué plusieurs couches successives de lait de chaux légèrement teinté pour reconstituer la patine traditionnelle des statues anciennes — cette blancheur lumineuse, légèrement crémeuse, qui semble avoir absorbé des siècles de lumière. C'est ce qui distingue une statue d'art sacré en pierre naturelle d'une statue industrielle : la chaux vit avec la pierre, change subtilement avec l'humidité, accepte le passage du temps. Aucune résine, aucun vernis chimique ne peut faire cela.