À ce stade, la silhouette du Christ est entièrement reconnaissable. Le sculpteur s'attarde sur les détails fins qui donnent à l'œuvre toute sa présence : les pieds, le socle, les plis du drapé qui descendent en cascades successives jusqu'au sol. C'est le moment où la pierre devient véritablement vivante.
La pierre calcaire a cette qualité rare d'accepter les finesses du modelé : un pli d'étoffe, le contour d'un orteil, la veine d'une feuille. À condition d'être travaillée à la main, avec des ciseaux affûtés et un geste patient. Aucune machine ne sait reproduire cette douceur du travail manuel — c'est un savoir-faire que seuls les sculpteurs en taille directe ont conservé.
C'est aussi à cette étape, à la base de la statue, que je grave la signature de l'œuvre — ces mots sobres qui inscrivent la sculpture dans le temps et dans l'histoire de son lieu. Pour le Christ charpentier des Apprentis d'Auteuil, c'est l'inscription « Jésus charpentier » qui sera gravée dans le calcaire au pied du Christ. Une signature qui dit ce qu'est cette œuvre : non pas un Christ glorieux, non pas un Christ de la Passion, mais le Christ ouvrier de Nazareth.