I
La découverte de 1802
Catacombe de Priscille · Via Salaria · Rome
Le 25 mai 1802, dans la catacombe de Priscille à Rome, sur la Via Salaria Nova, des ouvriers travaillant sous l'autorité du Custode des reliques sacrées, Mgr Filippo Ludovisi, mettent au jour un loculus scellé par trois fragments de terre cuite peinte en rouge. Sur ces tuiles, gravée en lettres capitales antiques, une inscription dans le désordre : LUMENA / PAX TE / CUM FI.
Replacée dans l'ordre liturgique correct, elle se lit : PAX TECUM FILUMENA — « Paix avec toi, Philomène », formule chrétienne de salutation funéraire. Autour du texte, gravés dans la terre cuite, une ancre, deux flèches, une palme, un fouet et des fleurs de lys — attributs traditionnels du martyre. Le loculus contenait les restes d'une jeune fille d'environ treize ans et une fiole de sang séché — signe traditionnellement reçu comme indice de martyre.
Sources
Wikipédia, article « Philomène de Rome » (
lien) · Sanctuaire de Sainte Philomène — Mugnano del Cardinale, page « Vita » (
lien).
II
Translation à Mugnano
Don Francesco di Lucia · 10 août 1805 · Naples
Le 8 juin 1805, sur l'intervention de Don Francesco di Lucia, jeune prêtre de Mugnano del Cardinale (province d'Avellino, près de Naples), les reliques sont remises et solennellement translatées. Don Francesco les ramène à Mugnano où elles sont accueillies le 10 août 1805 dans l'église paroissiale, devenue depuis le sanctuaire international de Sainte Philomène.
Dès l'arrivée des reliques, des prodiges s'opèrent. La jeune princesse martyre — comme on commence à la nommer, sur la foi d'une religieuse de Naples, sœur Maria Luisa di Gesù, à qui Philomène se serait révélée — devient l'objet d'un culte populaire fervent qui s'étend rapidement à toute l'Italie, puis à la France, à la Belgique, aux États-Unis. Le sanctuaire de Mugnano demeure aujourd'hui un haut lieu de pèlerinage international.
Sources
Sanctuaire de Sainte Philomène à Mugnano del Cardinale, site officiel (
lien) · Wikipédia, article « Philomène de Rome » (
lien).
III
Béatification par Grégoire XVI
30 janvier 1837 · Cas unique dans l'Église
Le 30 janvier 1837, le pape Grégoire XVI par le bref Iucundissimum sane élève sainte Philomène à la dignité de sainte et autorise son culte dans toute l'Église universelle. C'est un cas absolument unique dans l'histoire de la canonisation : elle n'est connue ni par un récit hagiographique antique, ni par un témoignage historique direct ; elle est déclarée sainte sur la seule base de l'épitaphe de Priscille et de la multitude des miracles authentifiés à Mugnano.
En 1849, le pape Pie IX confirme et étend son culte. Elle reçoit le titre exceptionnel de Sancta Philumena, Thaumaturga saeculi XIX — « sainte Philomène, thaumaturge du XIXe siècle ». Sa fête est fixée au 11 août. Au XXe siècle, des réserves historiques ont été émises sur l'authenticité de l'épitaphe et son culte a été retiré du calendrier romain général en 1961, mais il demeure pleinement autorisé et reste vivant dans de nombreux diocèses, communautés et sanctuaires, en particulier à Mugnano et dans la tradition du Curé d'Ars.
Sources
Wikipédia, « Philomène de Rome » (
lien) · Catholic Online, « St. Philomena » (
lien).
IV
Iconographie traditionnelle
L'ancre · la palme · les lys · les flèches
Les attributs traditionnels de sainte Philomène sont directement issus de l'épitaphe de Priscille et des symboles qui y figurent. L'iconographie post-1802 les a tous repris dans la statuaire d'église :
- L'ancre — instrument de son martyre par noyade (selon la tradition, jetée dans le Tibre avec une ancre liée au cou) ; symbole théologique de la foi, ancre solide de l'âme (Hébreux 6, 19).
- La palme — victoire chrétienne sur la mort, attribut universel des martyrs.
- Les fleurs de lys — virginité consacrée, pureté.
- Les flèches gravées — autre instrument du martyre, selon la tradition, avant la noyade.
- Le fouet — flagellation, présent sur certaines représentations.
Le type iconographique le plus répandu depuis le XIXe siècle montre Philomène en jeune fille debout, robe longue, manteau, cheveux dénoués, parfois la couronne du martyre sur la tête. Cette statue de 2008 reprend l'iconographie complète — ancre, palme, lys, flèches gravées au socle — dans une composition originale au drapé en mouvement.
Sources
Hozana, « Sainte Philomène, vierge et martyre » (
lien) · Britannica, « Saint Philomena » (
lien).
V
Patronages
Enfants · jeunes filles · pureté · causes désespérées
Sainte Philomène est patronne des enfants, des jeunes filles, des Enfants de Marie, de la pureté et des causes désespérées. Son intercession est traditionnellement invoquée pour les maladies graves, les conversions difficiles, les fiancés, les femmes en couches et les guérisons que la médecine ne peut plus rien.
Elle est aussi patronne du sanctuaire international de Mugnano del Cardinale, de la ville de Mugnano, et — d'une façon plus discrète mais essentielle — patronne secondaire des prêtres et séminaristes attachés à la spiritualité du saint Curé d'Ars. Le saint Curé d'Ars, patron de tous les prêtres de l'Église universelle, en avait fait sa propre patronne, lui dédia une chapelle dans son église d'Ars-sur-Formans, et répétait que tous les miracles d'Ars étaient d'elle.
Sources
Catholic Online, « St. Philomena » (
lien) · Hozana (
lien).
VI
Fête liturgique
11 août · martyrologe · sanctoral
La fête de sainte Philomène est célébrée le 11 août, jour anniversaire de la translation solennelle de ses reliques à Mugnano (10-11 août 1805). Le martyrologe romain antérieur à 1961 portait à cette date :
« À Mugnano, dans le diocèse de Nola, en Campanie, [translation des reliques de] la bienheureuse vierge et martyre Philomène, dont le sépulcre fut découvert dans la catacombe de la Bienheureuse Priscille, à Rome, sur la Via Salaria ».
Bien que retiré du calendrier romain général en 1961, son culte est toujours autorisé, et la fête du 11 août est maintenue dans plusieurs calendriers diocésains particuliers, dans le sanctuaire de Mugnano, à Ars-sur-Formans, dans les communautés et confraternités placées sous son patronage, ainsi que par le Saint-Siège pour les diocèses qui en font la demande.
Sources
Hozana (
lien) · Wikipédia, « Philomène de Rome » (
lien).
VII
Sainte Philomène, le saint Curé d'Ars et l'ordination sacerdotale
Jean-Marie Vianney · Ars-sur-Formans · spiritualité du clergé
Saint Jean-Marie Vianney (1786-1859), curé d'Ars-sur-Formans dans l'Ain, déclaré patron de tous les curés de l'univers par Pie XI en 1929, est la figure de France indissolublement liée à sainte Philomène. Le Curé d'Ars découvrit la sainte au début de son ministère, à la suite de la diffusion en France de la dévotion italienne, et lui voua immédiatement un attachement filial qui n'a jamais quitté son sacerdoce.
Il lui dédia une chapelle dans son église d'Ars, lui confiait toutes ses intentions et toutes les confessions, l'invoquait avant chaque mission, lui attribuait — avec une humilité radicale — tous les miracles d'Ars. Il répétait : « Tout ce qu'on attribue au curé d'Ars, c'est sainte Philomène qui le fait. » et la nommait, avec une tendresse familière, « ma chère petite sainte ». Une statue de sainte Philomène vénérée par le Curé d'Ars demeure encore aujourd'hui dans sa basilique d'Ars-sur-Formans, lieu de pèlerinage international.
De ce lien historique majeur avec le saint patron des prêtres découle, dans la spiritualité catholique française, une vénération particulière de sainte Philomène par les prêtres, séminaristes et candidats au sacerdoce. Lui offrir une statue le jour de l'ordination sacerdotale, c'est inscrire le jeune prêtre dans une filiation spirituelle directe avec le saint Curé d'Ars, dans la tradition de la prière humble et confiante du ministère paroissial.
C'est dans cette tradition que cette statue de sainte Philomène 70 cm en pierre calcaire a été sculptée en 2008 — non comme un objet de série, mais comme un cadeau d'ordination unique, taillé à la main par un sculpteur d'art sacré chrétien, pour habiter l'oratoire ou le presbytère d'un jeune prêtre toute sa vie sacerdotale durant.
Sources
Sanctuaire d'Ars, site officiel du pèlerinage d'Ars-sur-Formans (
lien) · Vatican.va, encyclique
Sacerdotii nostri primordia de Jean XXIII (1959) sur saint Jean-Marie Vianney (
lien) · Hozana, dossier « Sainte Philomène et le Curé d'Ars » (
lien) · Wikipédia, « Jean-Marie Vianney » (
lien).