Le drapé de la cape est emporté par le vent. Il ne descend pas en plis verticaux comme dans la statuaire d'image pieuse : il tourne autour du corps, s'enroule sur la hanche, fuit vers l'arrière en plis tendus que la lumière accroche à chaque crête.
Cette vivacité du drapé est l'un des défis majeurs de la taille directe. Chaque pli est arraché au bloc de pierre calcaire à coups de gradine et de ciseau, sans modèle d'argile à recopier comme dans le travail au point. Le sculpteur doit anticiper le comportement de la fibre de la pierre, savoir où elle cèdera et où elle résistera, et tailler de manière à dégager la matière en creux sans rompre les arêtes. Une seule erreur, une seule cassure dans un pli, et le bloc entier serait perdu.
Mais cette difficulté technique sert un parti pris théologique. Sainte Philomène n'est pas représentée comme une statue figée, image de cabinet : elle est la jeune martyre traversée par l'Esprit, debout dans le souffle qui annonce le martyre et qui annonce, surtout, la Résurrection. Le pneuma grec — souffle, Esprit, vent — soulève sa cape comme il a soulevé les voiles du Cénacle au matin de la Pentecôte. La sainte vivante, prise dans la tempête de Dieu, indomptable et juvénile. « Ma chère petite sainte », disait le Curé d'Ars.