Vue de dos, la statue révèle ce que la ronde-bosse complète exige du sculpteur : une œuvre finie de toutes parts, sans face privilégiée, sans revers escamoté. La chevelure dénouée tombe en longues mèches sur les épaules, sculptées une à une, prises dans le même souffle qui anime la cape.
Dans la statuaire d'église bon marché, le dos d'une statue de niche est souvent laissé brut, à peine dégrossi, parce qu'il sera adossé au mur et que le client ne le verra jamais. C'est le procédé de la statuaire en demi-bosse, économique et expéditif. Ici, rien de tel. Cette statue est sculptée en ronde-bosse complète, comme l'exige la grande statuaire d'art sacré : la sainte peut être tournée, contemplée sous tous les angles, posée sur un piédestal au centre d'un oratoire, vue depuis toute la pièce.
Cette exigence n'est pas seulement technique. Elle est théologique : une statue de saint en pierre naturelle est faite pour être habitée, pas seulement contemplée. Elle est faite pour vivre dans un lieu de prière, accompagner les heures, recevoir le regard du prêtre à son lever, à son office, à son coucher. Le dos sculpté est l'honneur rendu à la sainte, le travail qu'on lui doit même quand personne ne le voit. C'est aussi, simplement, la signature d'un sculpteur sur pierre d'art sacré, qui ne triche pas sur la matière.