Au plus près de la sainte, son bras gauche serré contre la poitrine tient ensemble deux attributs essentiels : la palme du martyre et une gerbe de fleurs de lys. La main est ferme, presque crispée — on dirait qu'elle protège ces deux signes comme on protège un secret. C'est, en raccourci, l'identité spirituelle complète de Philomène : martyre et vierge, victorieuse et pure.
La palme est l'attribut universel des martyrs depuis les premiers siècles chrétiens. Elle dit la victoire chrétienne sur la mort — non l'évasion, mais la traversée, la palma martyrum que les anges remettent aux saints dans les mosaïques de Ravenne, dans la fresque du Jugement dernier, dans toute l'iconographie chrétienne classique. À Mugnano, dans les catacombes de Priscille, sur les fragments mêmes de l'épitaphe découverts en 1802, la palme figurait déjà parmi les symboles gravés à côté du nom.
La gerbe de lys est l'autre signum virginitatis traditionnel — la fleur de lys consacrée à la pureté, attribut commun à la Vierge Marie, à saint Joseph, à sainte Catherine, aux saintes vierges martyres. Sculpter une gerbe en pierre calcaire est l'un des défis techniques majeurs de la taille directe : chaque fleur, chaque tige, chaque pétale doit être dégagé du bloc à la pointerolle puis affiné au ciseau plat sans rompre l'arête fragile. Ici, les lys sont taillés un par un, en plein bloc, sans rapport collé ni cassure cachée. C'est la signature d'un sculpteur sur pierre qui ne triche pas, comme l'a fait toute la grande statuaire chrétienne classique avant l'ère des moulages industriels.
Vue de dos trois-quarts, l'œuvre offre cette composition en raccourci : le bras tendu vers l'intérieur, la palme et la gerbe protégées contre le sein, le drapé qui contourne, la chevelure dans le vent. Au fond, à peine visibles derrière le drapé, on devine les trois pierres empilées de l'épitaphe — la stèle dévotionnelle qui porte le salut PAX TECUM FILUMENA. La sainte tient ses signes, le sculpteur les rend visibles, l'Église les vénère.