I
L'écriture sainte le nomme
Sources scripturaires & patristiques
Saint Luc est nommé trois fois par saint Paul dans le Nouveau Testament — références d'une rare précision pour un évangéliste. La plus célèbre se trouve dans l'Épître aux Colossiens : « Luc, notre ami, le médecin bien-aimé » (Col 4, 14).
Luca medicus carissimus.
— Luc, notre ami, le médecin bien-aimé.Saint Paul, Épître aux Colossiens 4, 14
Au IIe siècle, Irénée de Lyon confirme : « De son côté Luc, le compagnon de Paul, consigna en un livre l'Évangile que prêchait celui-ci » (Adversus Haereses III, 1, 1). Le canon de Muratori (fin IIe) le définit comme un compagnon de Paul, médecin et écrivain. Au IVe siècle, saint Jérôme, dans son De viris illustribus, précise qu'il fut Syrien d'Antioche, médecin, et mourut à 84 ans en Béotie. La Légende dorée de Jacques de Voragine (XIIIe) consacre tout un chapitre à sa vie, ses miracles et ses icônes de la Vierge.
II
Saint Luc peignant la Vierge
Iconographie majeure · XVe-XVIIe siècle
Le thème de saint Luc peignant la Vierge apparaît dans la peinture occidentale au XVe siècle, dans le sillage de la légende byzantine qui lui attribuait des icônes. C'est devenu l'un des sujets les plus représentés par les peintres de la Renaissance, qui aimaient se peindre eux-mêmes en saint Luc — manière subtile de revendiquer leur statut d'artistes, et non plus de simples artisans.
- Rogier van der Weyden — Saint Luc dessinant la Vierge, vers 1435-1440, Musée des Beaux-Arts de Boston (œuvre majeure)
- Maerten van Heemskerck — Saint Luc peignant la Vierge, vers 1532 et 1545, Haarlem et Rennes
- El Greco — Saint Luc peignant la Vierge, vers 1600-1605, Cathédrale de Tolède
- Le Guerchin, Jordaens, Vasari — tous se sont essayés au thème
- Tétramorphe — statuaire gothique de toutes les cathédrales d'Europe : Luc est figuré avec un taureau, attribut tiré de la vision d'Ézéchiel
III
Les icônes attribuées
Patrimoine sacré · Ve-XVe siècle
Plusieurs icônes byzantines majeures de la Vierge sont, par tradition, attribuées au pinceau de saint Luc lui-même. Les datations modernes les situent toutes entre le Ve et le XVe siècle — mais la dévotion les vénère comme émanations directes du portrait original.
- Salus Populi Romani — Rome, basilique Sainte-Marie-Majeure : icône portée en procession par saint Grégoire le Grand en 593 contre la peste
- Notre-Dame de Częstochowa — Pologne : la Vierge Noire de Jasna Góra, icône nationale polonaise
- Hodigítria de Constantinople (perdue en 1453) — archétype de la Vierge tenant l'Enfant
- Madone de Saint-Luc — Bologne, Sanctuaire de la Beata Vergine di San Luca
- Image d'Edesse — tradition syriaque, première icône vénérée par les patères
Reliques : tombeau à Padoue (cathédrale Sainte-Justine), tête à Prague depuis le XIVe siècle.
IV
Les Guildes de Saint-Luc
Corporations d'artistes · XIVe-XVIIIe siècle
Dès le XIVe siècle, dans toute l'Europe, les peintres, sculpteurs, graveurs, brodeurs, vitraillistes se réunissent en corporations placées sous le patronage de saint Luc. Les Guildes de Saint-Luc deviennent les institutions maîtresses du monde de l'art occidental jusqu'à la Révolution.
- Guilde de Saint-Luc d'Anvers (1382) : la plus célèbre, accueillit Rubens, Van Dyck, Bruegel
- Guilde de Saint-Luc de Bruxelles : commanda à Van der Weyden son icônique Saint Luc dessinant la Vierge
- Accademia di San Luca — Rome, fondée en 1577 sous protection pontificale
- Académie de Saint-Luc — Paris, fondée en 1391, longtemps rivale de l'Académie royale
- Lukasbund (1809) — Vienne : confrérie des peintres nazaréens, romantiques chrétiens
Les Guildes assuraient la formation, contrôlaient la qualité des œuvres, organisaient les processions du 18 octobre. Beaucoup tenaient leurs registres dans des livres dits Liggeren : précieuses archives de l'histoire de l'art.
V
Le médecin et l'artiste
Patronages multiples · Médecine & arts
Saint Luc réunit deux familles de patronages dont la conjonction est unique dans le saintoral chrétien : les sciences médicales (par sa profession originelle) et les arts visuels (par la légende du portrait de la Vierge).
- Médecine — médecins, chirurgiens, infirmiers, hôpitaux, médecins militaires, étudiants en médecine, pharmaciens
- Peinture — peintres, iconographes, miniaturistes, fresquistes, enlumineurs
- Sculpture — sculpteurs sur bois, sur pierre, statuaires, sculpteurs d'art sacré
- Arts graphiques — graveurs, dessinateurs, illustrateurs, lithographes
- Arts décoratifs — brodeurs, tapissiers, vitraillistes, doreurs, ornemanistes
- Lettres — écrivains, historiens, biographes, journalistes, notaires
- Métiers du bœuf — bouchers, tanneurs (par le taureau du tétramorphe)
Sa fête du 18 octobre est restée, dans tout le monde catholique, le jour des artistes et des médecins.
VI
Celui qui apporte la lumière
Étymologie · Variantes mondiales
Le prénom Luc vient du latin Lucas, lui-même dérivé du grec Loukas. Deux étymologies se disputent l'origine :
La première voit dans Lucas un dérivé de Lucanus, « originaire de Lucanie » — ancienne région du sud de l'Italie. La seconde, plus poétique et retenue par la tradition chrétienne, l'apparente au latin lux (la lumière) et au grec leukos (blanc, lumineux) : « celui qui apporte la lumière ». Pour un évangéliste qui clarifia les origines du Christ et qui peignit la lumière du visage de Marie, cette seconde étymologie est sans doute la plus juste.
Toutes les variantes mondiales partagent le même saint patron :
Luc · FR
Luca · IT · RO
Lucas · FR · ES · PT
Luke · EN
Lukas · DE · SE · NL
Łukasz · PL
Loukas · GR
Luka · HR · SR
Lukasz · HU
VII
La fête du 18 octobre
Liturgie · Coutumes · Lukasfest
Sa fête liturgique est célébrée le 18 octobre dans toute l'Église catholique romaine et orthodoxe. Dans le calendrier catholique, c'est une fête — et non un simple mémorial — signe de l'importance accordée à l'évangéliste.
Pendant des siècles, la rentrée des Facultés de Médecine se faisait le 18 octobre, sous le patronage de saint Luc — tradition détachée à la Révolution, mais que les médecins militaires ont conservée jusqu'à aujourd'hui : ils célèbrent leur saint patron dans leurs hôpitaux et en opération extérieure.
Dans les pays germaniques, le Lukasfest était la grande fête des corporations de peintres et de sculpteurs. En Flandre et en Brabant, la Guilde de Saint-Luc défilait en procession, banquetait, exposait les œuvres de l'année.
In octobri mensis octava decima, Lucae evangelistae festum agitur.
— Le 18 du mois d'octobre, on célèbre la fête de l'évangéliste Luc.Martyrologe romain