De retour à l'atelier, la planche est posée sur l'établi. La volute y est tracée au crayon, d'une seule main, sans gabarit imprimé — la courbe est cherchée, ample, généreuse, tournée vers le pasteur lui-même, comme dans les crosses cisterciennes médiévales.
Mais ce tracé cache un défi technique. Une volute de cette ampleur, taillée d'un seul bloc dans une pièce massive de frêne, vrillerait en séchant : le bois, en perdant son humidité résiduelle, cherche à reprendre la forme du tronc d'où il vient. Les fibres tirent toutes dans le même sens, et la spirale finit par se tordre — un désaxement irréparable.
La solution vient de la menuiserie traditionnelle des charronniers et des facteurs d'instruments : contre-coller trois tranches de frêne placées côte à côte par leur chant, en inversant le sens du fil d'une tranche à l'autre. La première lamelle est orientée dans un sens, la seconde à rebours, la troisième à nouveau dans le sens de la première. Les forces de contrainte de chaque pli s'annulent mutuellement : la volute, une fois collée et serrée dans la forme, devient indemne du vrillage. C'est le principe ancien du lamellé-collé — la stabilité ne vient pas de la matière seule, mais de l'intelligence de l'assemblage.