Depuis le Moyen Âge, la crosse se lit en trois parties, et chaque partie désigne une vertu pastorale. Une formule latine célèbre, transmise par le Rational des offices divins de Guillaume Durand de Mende (évêque, XIIIe siècle), la résume en une seule ligne :
« Attrahe per primum, medio rege, punge per imum. »
« Attire par le haut, gouverne par le milieu, aiguillonne par le bas. »
Guillaume Durand de Mende, Rational des offices divins, livre III, ch. 15 — texte intégral sur Wikisource
La volute, au sommet, est l'Attrahe : elle attire et ramène — ramène les égarés, les pénitents, ceux qui ont besoin d'être repris avec douceur, comme la houlette du berger ramène la brebis par l'encolure sans la blesser. Sa courbe, tournée vers le pasteur lui-même dans le cas d'un abbé, dit la miséricorde.
La hampe, droite et longue, est le Rege : elle gouverne. Elle est la verticale du pasteur debout au milieu de sa communauté, soutien des faibles, axe de la maison. Dans le bâton de Moïse, c'est ce qui sépare les eaux et trace le chemin.
La pointe, au bas, est le Punge : elle aiguillonne — non pour blesser, mais pour réveiller, corriger ceux qui s'endorment, redresser les vices. Le Rational précise même que le fer doit être émoussé, « parce que le jugement est tempéré par la miséricorde ». La tradition médiévale, attentive à chaque matière, recommandait pour ces trois zones trois essences symboliques : l'os ou l'ivoire pour la volute (Durand l'explique ainsi : « l'os, c'est la dureté de la loi »), le bois pour la hampe (« la mansuétude de l'Évangile »), le fer pour la pointe (la sévérité tempérée). La crosse de Lérins reprend cette grammaire dans la sobriété cistercienne : une seule matière — le bois — mais deux essences (le frêne clair pour la volute et la hampe, le noyer sombre pour la virole entre les deux) qui jouent la même partition de douceur, de fermeté et de gravité.