C'est le moment de l'apparition — ce moment singulier où le saint commence à sortir de la pierre. Le bloc capable, après des semaines de taille à la pointe et au têtu, libère son contenu : le visage barbu de saint Paul, le front haut, l'épaule, la naissance du drapé.
Tout autour, la pierre reste encore brute, hérissée des traces du ciseau. On voit nettement la peau du bloc — cette première écorce calcaire non travaillée — et la chair lisse du saint qui s'en dégage. C'est le contraste qui frappe : d'un côté, la matière qui résiste ; de l'autre, la figure qui s'impose. On comprend ici pourquoi Michel-Ange parlait de libérer la figure de la pierre.
À cette étape, le travail est physique et silencieux. Chaque coup de pointe enlève quelques grammes de calcaire. Chaque trait de gradine précise une volonté. Le sculpteur tourne autour du bloc, regarde, recule, revient, frappe. La fabrication d'une statue religieuse en pierre naturelle demande de la patience — et la pierre, par sa résistance même, oblige à l'humilité du geste.