La vue de dos est l'une des plus rares dans la statuaire d'autel — rares sont les visiteurs qui font le tour de la statue pour la voir par-derrière. Pourtant, c'est l'angle où s'exprime le plus pleinement le travail du drapé, qui est la grande écriture de la sculpture sur pierre. Là où le bourdon est un objet net et la coquille un emblème reconnaissable, le drapé est une composition pure : il faut faire chanter le tissu dans le calcaire, faire tomber les plis sous le poids, faire vivre la matière sans qu'elle ne devienne lourde.
Sur cette photographie en clair-obscur dramatique, le manteau du pèlerin tombe en plis longs et verticaux qui prolongent la statue elle-même vers le sol. Le sculpteur s'inscrit ici dans la grande tradition des statues-colonnes gothiques — celles du portail royal de Chartres (vers 1145), des statues du portail royal de Notre-Dame de Paris, des prophètes de la cathédrale de Reims. Dans cette tradition, le drapé n'est pas un vêtement : c'est une architecture verticale qui dialogue avec les piliers et les colonnes de l'édifice, prolongeant la verticalité de la cathédrale dans la verticalité du saint.
Le drapé du saint Jacques de Lectoure a inspiré dix-sept ans plus tard la variante du saint Jacques de Wisques, où le sculpteur a retravaillé les plis dans un sens plus serré, plus dense. Deux drapés, deux moments, même main — c'est précisément ce qui distingue une variante d'une copie : la composition générale est reprise, mais l'exécution est repensée.