Le manteau long du voyageur est l'attribut le moins immédiat de saint Jacques, mais peut-être le plus exigeant pour le sculpteur. Là où le bourdon est un objet net et la coquille un emblème reconnaissable, le drapé est une écriture pure de la pierre : il faut faire chanter le tissu dans le calcaire, faire tomber les plis sous le poids, faire vivre la matière sans qu'elle ne devienne lourde.
Cette vue révèle le travail du drapé — plis verticaux profonds, retombées au niveau des hanches, mouvement adouci dans les jambes. Le sculpteur s'inscrit ici dans la grande tradition de la statuaire gothique française, celle des portails de Chartres, d'Amiens, de Reims, où les manteaux des saints, à partir du XIIe siècle, deviennent un véritable langage plastique. Le drapé n'est plus un vêtement, c'est une architecture verticale qui prolonge la statue elle-même.
Variante du saint Jacques de Lectoure (2003, 140 cm), le drapé du saint Jacques de Wisques (2020) a été retravaillé dans un sens plus serré. Les plis sont plus profonds, les retombées plus marquées. C'est l'une des différences voulues par l'artiste entre l'œuvre originelle et sa variante — chaque variante étant, dans la tradition de l'art, une œuvre nouvelle reprenant la composition générale d'une œuvre antérieure du même artiste, avec des modifications voulues.