Le visage est le cœur de la statue. Toute l'humanité du pèlerin s'y concentre — la fatigue du marcheur, la sagesse de l'apôtre, le silence du contemplatif. Sur ce détail en gros plan, le visage du saint Jacques de Lectoure révèle son modelage subtil : pommettes hautes, joues creusées, nez droit et marqué, lèvres fermes, paupières lourdes sur un regard intérieur.
La barbe est travaillée mèche par mèche dans la pierre calcaire. Elle encadre le visage, tombe sur la poitrine en boucles régulières, donne au saint cette gravité d'apôtre qu'on retrouve dans toute la statuaire chrétienne depuis le haut Moyen Âge. La chevelure longue, séparée par une raie médiane, descend sur les épaules — signe traditionnel des saints et des prophètes, opposé aux cheveux courts des soldats et des laïcs. Ces conventions iconographiques médiévales sont parfaitement respectées par le sculpteur, qui s'inscrit délibérément dans la grande tradition.
Le regard est ce qui frappe d'abord. Il n'est pas tourné vers le ciel comme dans certains saints baroques en extase, ni vers le spectateur comme dans les portraits modernes. Il est intérieur, mi-clos — le regard du contemplatif en chemin. C'est le regard que reprend dix-sept ans plus tard la variante de Wisques, où le sculpteur a légèrement modifié les traits du visage tout en gardant cette qualité intérieure du regard.