C'est ici que se concentre tout le sens de l'œuvre. Aux pieds du saint, un démon est terrassé : une créature grimaçante, plaquée au sol, que saint Antoine domine et maîtrise de son bâton. La célèbre tentation de saint Antoine — les assauts, les visions, les bêtes monstrueuses qui l'assaillirent au désert — n'est pas représentée comme une scène d'épouvante, mais comme une victoire déjà acquise : le mal est sous le pied du saint.
À droite, dans la pénombre, on distingue le petit cochon, fidèle compagnon de l'ermite. Les deux figures se répondent : la bête vaincue et la bête apprivoisée, le démon dompté et l'animal pacifié. Toute la création réconciliée se tient aux pieds de l'homme de Dieu.
Pour les légionnaires, cette image est limpide : le combat n'est pas d'abord contre un ennemi extérieur, mais contre l'ennemi intérieur — la peur, le découragement, le mal en soi. Saint Antoine, qui a vaincu le démon au désert, est le modèle de celui qui tient bon. Le mal terrassé, voilà la vraie victoire.