Saint Jean, fils de Zébédée et frère de Jacques, fut l'un des tout premiers appelés au bord du lac de Galilée. De tous les apôtres, il est celui que l'Évangile nomme « le disciple que Jésus aimait » : présent à la Transfiguration, au jardin de Gethsémani, au pied de la Croix où le Christ lui confie sa Mère. On lui attribue le quatrième Évangile, trois épîtres et l'Apocalypse. Sa fête est le 27 décembre.
Dans le tétramorphe, Jean reçoit l'aigle : car son Évangile, seul, s'élève d'emblée jusqu'au mystère du Verbe — « Au commencement était le Verbe » — comme l'aigle s'élève au plus haut et, dit-on, fixe le soleil sans baisser les yeux. Sur cette statue, l'aigle est présent à ses pieds, attribut du Vivant qui regarde la lumière en face. Les trois autres Vivants sont l'homme ailé de Matthieu, le lion de Marc et le taureau de Luc.
Ce que Jean tient contre lui, c'est la coupe du Christ. Le calice qu'il porte n'est pas d'abord la coupe de l'épreuve, mais celle de la Cène et de la Passion. À deux des fils de Zébédée qui demandaient les premières places, le Christ avait répondu : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? […] Ma coupe, vous y boirez. » Jean, qui reposa sur la poitrine du Seigneur au soir où fut institué l'Eucharistie, est par excellence celui qui a bu à cette coupe.
Le visage de Jean, dans la pierre, n'est pas tourné vers nous mais vers ce qu'il porte : un homme recueilli, qui nous mène au silence. Car l'Évangile de Jean est celui de la contemplation : là où les autres racontent, lui médite ; là où ils décrivent les foules, lui s'enfonce dans le mystère. La statue ne donne pas à voir une action, mais une présence intérieure.
L'œuvre garde la mémoire de sa lente fabrication. Tout a commencé par un croquis tracé sur un carnet : la première pensée de la figure, à peine quelques traits. Puis vint l'étude en argile, modelée du bout des doigts pour chercher la pose et l'équilibre.
Vint enfin la pierre. Le bloc capable, dressé dans l'atelier, donne la mesure de l'œuvre à venir. Puis le sculpteur attaque la matière à la massette et à la chasse— la taille directe se fait sans moulage ni report mécanique, chaque coup d'outil étant définitif.
L'ensemble des quatre évangélistes a été sculpté en 2016 pour l'abbaye de Lagrasse (Aude), où la communauté des chanoines réguliers perpétue la vie liturgique. Sculpteur sur pierre d'art sacré chrétien, Jean-Joseph Chevalier réalise sur commande statues et sculptures religieuses de saints en pierre naturelle, en taille directe, pour abbayes, paroisses, sanctuaires et particuliers, en France et à l'étranger. On peut voir cette figure de Jean comme l'aboutissement du tétramorphe : après l'homme, le lion et le taureau, l'aigle qui s'élève au Verbe.