Ce que Jean tient contre lui, c'est une coupe — et j'ai voulu y lire d'abord la coupe du Christ, non la coupe de l'épreuve. L'Évangile en garde la trace : aux fils de Zébédée qui demandaient les premières places, Jésus répond, « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? […] Ma coupe, vous y boirez » (Mt 20, 22-23).
Or Jean est, plus qu'aucun autre, l'homme de cette coupe : c'est lui, le disciple bien-aimé, qui repose sur la poitrine du Seigneur au soir de la Cène, lorsque le Christ institue l'Eucharistie et partage la coupe de l'Alliance, son sang versé. La coupe que porte la statue est donc le calice eucharistique : mémoire du sang du Christ, du sacrifice et de la communion.
J'ai voulu cette coupe sobre, sans serpent — à l'écart de la légende de la coupe empoisonnée d'Aristodème, qu'on raconte d'ordinaire — pour qu'elle reste celle de la Cène et de l'Évangile. C'est le cœur de cette figure : non pas un attribut décoratif, mais le geste même de la foi, la main qui reçoit ce qui est donné.