Cette photographie documente une technique rare et précieuse — le reportage du dessin préparatoire sur le bloc de pierre brute. Avant que le premier coup de ciseau ne soit porté, Jean-Joseph Chevalier a dessiné directement sur la surface de la pierre la silhouette de Notre-Dame de la Salette. Ce dessin au pinceau — vigoureux, synthétique, qui dit l'essentiel des volumes et de la posture — est à la fois un guide pour la taille et une œuvre en lui-même.
On reconnaît dans ce dessin la posture caractéristique de la Vierge de la Salette : assise, le corps penché vers l'avant, le visage entre les mains. Le diadème et la coiffe en hauteur au sommet, les épaules enveloppées dans le fichu, la masse des genoux remontés — tout est là, synthétisé dans quelques traits au pinceau sur la pierre blanche. La lumière artificielle de l'atelier projette des ombres qui dramatisent ce dessin et donnent à la scène une atmosphère d'atelier médiéval.
Documenter cette étape — si rare à voir et à montrer — dit quelque chose d'essentiel sur la méthode du sculpteur. La taille directe ne s'improvise pas : elle se prépare, se dessine, se pense avant d'attaquer la matière. Et ce dessin sur la pierre, qui disparaîtra sous les premiers coups de ciseau, est le dernier moment où la correction est encore possible — avant l'irréversible.