✦ Atelier · Taille directe ✦
Du trait au bloc
arraché à la pierre
Toute sculpture en pierre véritable commence par un trait. Avant que la pointerolle n'attaque le bloc, avant que le ciseau plat n'affine les surfaces, il y a le dessin préparatoire — la pensée qui cherche, qui pèse les masses, qui décide où la verticale du voile rencontrera l'oblique du drapé. Sur cette esquisse au crayon (vue VI), toute la statue est déjà là : la silhouette voilée debout sur son rocher, le mouvement intérieur cœur-vers-monde, l'équilibre des proportions. Le sculpteur ne taillera ensuite plus qu'à arracher de la pierre ce que le dessin a déjà vu.
La taille directe à la main
Vient ensuite le bloc. Sur la photo d'atelier (vue V), le visage de la sainte émerge progressivement de la masse de calcaire — il n'y est pas encore tout à fait, et il y est déjà. C'est tout l'art de la taille directe : sans moulage d'un modèle préalable, sans report mécanique par compas ou pointage, l'œuvre est arrachée au bloc geste après geste. Le sculpteur ne peut pas revenir en arrière. Chaque éclat de pierre détaché est définitif. Ce qui se voit ici dans la photo — les tracés rouges au crayon guidant la taille, l'outil posé sur le bloc, le visage encore en partie pris dans la matière brute — c'est exactement ce geste-là, fixé un jour de 2013 dans l'atelier de Brignoles.
Cette technique est celle de la grande tradition de la statuaire chrétienne, depuis les ateliers romans jusqu'aux maîtres de la Renaissance, depuis les imagiers gothiques jusqu'aux sculpteurs des cathédrales. C'est elle qui distingue la pierre véritable de la résine de marbre reconstituée, du plâtre patiné, de la statuaire industrielle moulée par milliers. Une statue taillée à la main porte la trace de la main qui l'a faite — elle a son visage propre, sa lumière propre, son imperfection vivante.
Une pièce unique signée
L'œuvre achevée (vue I) n'est pas reproductible. Elle est la statue Sainte Thérèse de Lisieux de la paroisse Sainte-Thérèse de Toulon — pas une parmi mille, mais celle-ci, exactement, avec son dessin, ses choix, sa pierre, son visage. Une pièce unique signée destinée à durer des siècles, comme dure la pierre véritable des cathédrales du XIIe. C'est cela qu'on commande à un sculpteur d'art sacré chrétien : une œuvre, pas un objet de série.