Saint Luc, né à Antioche, médecin de profession et de culture grecque, fut le compagnon de route de saint Paul. On lui doit le troisième Évangile et les Actes des Apôtres — à eux deux, près d'un quart du Nouveau Testament. Il est le plus délicat des évangélistes, l'attentif aux femmes, aux pauvres, à la miséricorde. Sa fête est le 18 octobre.
Dans le tétramorphe, Luc reçoit le taureau : son Évangile s'ouvre au Temple, sur l'offrande du prêtre Zacharie, et le taureau est l'animal du sacrifice. Les autres Vivants se répartissent entre l'homme ailé de Matthieu, le lion de Marc et l'aigle de Jean. Ici, le taureau ne s'impose pas : il se devine à peine, tapi au pied de la figure.
Car ce que cette statue met en pleine lumière, c'est autre chose. Une tradition ancienne — attestée dès le VIe siècle, reprise par André de Crète au VIIIe — fait de Luc le premier peintre de la Vierge : ayant vu Marie, il aurait fixé ses traits sur un tableau. De là vient qu'il est, aujourd'hui encore, le saint patron des artistes, des peintres et des imagiers.
Le sculpteur a transposé cette légende dans sa propre langue. L'icône que Luc tient devant lui n'est pas peinte : elle est gravée dans la pierre, un bas-relief de la Vierge et l'Enfant qui surgit de la lumière. Le peintre devient sculpteur ; le panneau de bois devient panneau de calcaire. La main qui écrivit l'Évangile est aussi celle qui façonne l'image sainte.
Cette image, Luc l'a d'abord écrite. Seul de tous, il rapporte l'Annonciation et le salut de l'ange : « Ave, gratia plena ». C'est pourquoi son visage, dans la pierre, est celui d'un homme penché sur ce qu'il contemple : tour à tour témoin, écrivain et artisan de la Vierge.
L'œuvre garde la mémoire de sa fabrication. Avant la pierre, il y eut l'étude en argile — la pensée modelée du bout des doigts. Puis le passage à la pierre, où la taille directe se fait sans retour possible, à coups d'outil dans le bloc.
L'ensemble des quatre évangélistes a été sculpté en 2016 pour l'abbaye de Lagrasse (Aude), où la communauté des chanoines réguliers perpétue la vie liturgique. Sculpteur sur pierre d'art sacré chrétien, Jean-Joseph Chevalier réalise sur commande statues et sculptures religieuses de saints en pierre naturelle, en taille directe, pour abbayes, paroisses, sanctuaires et particuliers, en France et à l'étranger. À l'atelier, on mesure l'échelle réelle de ces figures de pierre.