I
Marc, l'interprète de Pierre
Jean-Marc · Rome · Alexandrie · Venise
Marc, appelé aussi Jean-Marc, n'était pas l'un des Douze. Compagnon de Paul et de Barnabé, puis disciple de saint Pierre à Rome, il aurait recueilli de la bouche de l'apôtre le souvenir vivant du Christ pour en faire le deuxième Évangile — le plus court et le plus direct.
La tradition le dit fondateur de l'Église d'Alexandrie, premier évêque de la ville, et mort martyr. Ses reliques, dérobées d'Alexandrie au IXe siècle, reposent à Venise dans la basilique qui porte son nom : il est le saint patron de la cité des Doges, dont le lion ailé est l'emblème. Sa fête est le 25 avril.
Sources
Nominis (Église catholique de France), « Saint Marc » (
lien) · Wikipédia, « Marc (évangéliste) » (
lien).
II
Pourquoi le lion
La voix qui crie au désert · la Résurrection
Dans le tétramorphe, Marc reçoit le lion. La raison tient à l'ouverture de son Évangile : il commence par la prédication de Jean-Baptiste, « la voix de celui qui crie dans le désert » (Mc 1, 3). Or le lion est l'animal du désert par excellence : son rugissement annonce, comme la voix du Précurseur.
Le lion porte une seconde lecture : selon un bestiaire ancien, le lionceau naîtrait mort et serait réveillé au troisième jour par le souffle de son père — image de la Résurrection du Christ. C'est pourquoi le lion de Marc est souvent ailé, signe de sa nature spirituelle. Il veille à ses pieds : voir le lion ailé sculpté.
Sources
Wikipédia, « Tétramorphe » (
lien) · Évangile selon saint Marc, chapitre 1 (
AELF).
III
Le jeune homme qui s'enfuit nu — la signature cachée de Marc
Gethsémani · Mc 14, 51-52 · saint Grégoire le Grand
Au moment de l'arrestation du Christ à Gethsémani, alors que tous les disciples ont fui, l'Évangile de Marc — et lui seul — rapporte un détail étrange : « Un jeune homme le suivait, n'ayant pour tout vêtement qu'un drap ; on le saisit, mais lui, lâchant le drap, s'enfuit tout nu » (Mc 14, 51-52). Le mot grec employé pour « nu », gymnos, et celui du drap, sindôn, ont fait couler beaucoup d'encre.
Pourquoi noter ce détail apparemment inutile, absent des trois autres Évangiles ? De nombreux commentateurs — et la tradition l'attribue d'abord à saint Grégoire le Grand (pape de 590 à 604) — y reconnaissent la signature de l'évangéliste : Marc se serait peint lui-même, ultime témoin de l'arrestation, sans oser se nommer. Le jeune homme qui abandonne son vêtement et fuit nu, c'est l'auteur qui avoue sa présence et sa faiblesse cette nuit-là.
C'est ce secret théologique que la sculpture met en pierre. L'épaule de Marc est dénudée, et ce qui le vêt n'est pas une étoffe sculptée mais la pierre laissée brute — le drap de Gethsémani devenu, par le non finito, la matière même dont la figure n'est pas tout à fait sortie. La technique épouse le récit : le témoin reste à demi vêtu de pierre.
Sources
Évangile selon saint Marc, 14, 51-52 (
AELF) · Wikipédia (EN), « Naked fugitive » (
lien) · H. M. Jackson, « Why the Youth Shed His Cloak and Fled Naked »,
Journal of Biblical Literature 116 (1997).
IV
Le non finito, la figure tirée du bloc
Michel-Ange · le vêtement de pierre brute
Le non finito — « non fini » — désigne l'œuvre volontairement laissée inachevée, où la figure demeure à demi prise dans la pierre brute. C'est Michel-Ange qui en a fait un langage, dans ses Esclaves et sa Pietà Rondanini.
Pour Marc, le non finito prend un sens unique : ce n'est pas seulement la figure qui sort du bloc, c'est son vêtement qui reste pierre. Le drap qu'il lâche à Gethsémani est la matière non taillée. La technique devient récit. Le bloc en travail garde la mémoire visible de ce geste de taille directe.
Sources
Wikipédia, « Non finito » (
lien) · Britannica, « Michelangelo — sculpture » (
lien).
V
La taille directe en pierre véritable
Sans moulage · le geste irréversible
La taille directe consiste à sculpter directement dans le bloc de pierre naturelle, sans modèle reporté mécaniquement, sans moulage : le sculpteur pense dans la pierre, ôte la matière sans retour possible. Le bloc en travail de Marc en témoigne : marquage de carrière encore lisible, tête à peine ébauchée, ciseaux posés.
C'est l'opposé de la statuaire d'édition — plâtre moulé, résine, pierre reconstituée. Une statue de saint en pierre véritable taillée à la main est une pièce unique : la fibre du calcaire, sa lumière propre font partie de l'œuvre. C'est l'exigence qui distingue le sculpteur d'art sacré sur pierre de la production industrielle d'objets de dévotion.
Sources
Wikipédia, « Taille directe » (
lien) · Wikipédia, « Sculpture sur pierre » (
lien).
VI
L'abbaye de Lagrasse et l'ensemble des quatre évangélistes
Aude · chanoines réguliers · art sacré contemporain
L'abbaye Sainte-Marie de Lagrasse, dans l'Aude, est l'une des plus anciennes abbayes du Languedoc, fondée à l'époque carolingienne. Elle abrite aujourd'hui une communauté de chanoines réguliers qui y perpétue la vie liturgique, la prière et l'accueil des pèlerins.
C'est pour ce lieu qu'a été conçu en 2016 l'ensemble des quatre évangélistes — le tétramorphe complet, chacun haut d'1,20 m, taillé en pierre calcaire naturelle. Les statues se répondent : l'homme ailé de Matthieu, le lion de Marc, le taureau de Luc et l'aigle de Jean formant un seul chœur de pierre.
L'atelier de Jean-Joseph Chevalier, sculpteur d'art sacré chrétien établi dans le Var, réalise sur commande ce type d'ensemble statuaire pour le décor des églises — statues de saints, du Christ et de la Vierge, en pierre naturelle taillée à la main, pour abbayes, paroisses, sanctuaires, communautés et particuliers, en France et à l'étranger.
Sources
Abbaye de Lagrasse, site officiel (
lien) · Wikipédia, « Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse » (
lien).