Depuis cet angle trois-quarts dos, la statuette révèle d'emblée sa tension intérieure. La tête est levée vers le ciel dans un mouvement d'abandon ou d'extase — la nymphe semble écouter quelque chose que seul le silence de l'eau peut porter. La nuque étirée, la chevelure qui retombe librement dans le dos, le profil à peine entrevu depuis la droite : tout concourt à suggérer un corps habité par une présence invisible.
La patine bronze dorée, dense et lumineuse, enveloppe chaque volume d'une chaleur antique. Elle n'imite pas le bronze de fonderie — elle est plus proche du dieu solaire que du métal froid. Les creux s'assombrissent jusqu'au brun profond tandis que les saillies — épaule, omoplate, haut du crâne — captent la lumière et la restituent avec une intensité presque immatérielle.
Le socle en marbre blanc, carré et stable, ancre la figure dans une verticalité aristocratique. Ce contraste entre la blancheur froide du marbre et la chaleur dorée de la terre patinée est l'un des partis pris les plus forts de l'œuvre. La statuette ne repose pas seulement sur un support — elle s'élève au-dessus de lui, comme si la nymphe cherchait à quitter la pierre pour rejoindre l'élément aquatique dont elle est issue.