✦ L'esthétique du fragment ✦
Ce qui manque
anime la figure
L'épaule est « cassée » — volontairement. Comme celle d'une sculpture antique retrouvée, exhumée incomplète, mutilée par les siècles. La cassure laisse voir la pierre brute, et rappelle d'où vient la figure : du bloc, de la matière, du temps.
Et le prodige opère : on devine le mouvement du bras absent. Le geste interrompu continue dans l'imagination de celui qui regarde — comme devant la Vénus de Milo, ce que l'œuvre ne montre pas, elle le fait exister. Le manque n'appauvrit pas la figure : il l'anime, il l'ouvre.
Ce parti pris fait de cette Ève une œuvre hors du temps : ni copie de l'antique, ni figure simplement moderne — une sculpture qui semble avoir déjà traversé les siècles. Pierre calcaire naturelle, taille directe, pièce unique, 2010.
« Ce qui manque à la pierre, le regard l'achève. »
— Le fragment, sculpture retrouvée