Voici le cœur iconographique de cette statuette : saint Joseph nous regarde. Il ne contemple pas l'Enfant Jésus dans la pudeur du regard incliné, comme le font tant de saint Joseph classiques. Il tourne son visage vers nous, qui le contemplons. C'est un geste iconographique rare, presque audacieux : le père nourricier prend le spectateur à témoin. Voici l'Enfant qui m'a été confié, dit son regard. Voici Celui que je porte. Voyez avec moi.
Cette posture place immédiatement la statuette dans le registre de l'intercession. Saint Joseph est patron des pères de famille, des travailleurs, des chercheurs d'emploi et de logement, des mourants. Quand il nous regarde, il ne fait pas que poser pour la durée d'une sculpture — il prend acte de notre présence, de notre demande peut-être, de notre fatigue, de notre attente. C'est ce que la dévotion populaire a toujours senti chez ce saint silencieux : il écoute sans parler, il regarde sans juger.
Le travail de la patine bronze sur le visage est ici particulièrement subtil : les arêtes du nez, la courbe du front, la masse de la barbe captent une lumière qui semble venir de l'intérieur. C'est cette profondeur du visage qui distingue une statuette d'atelier d'une statuette de boutique — le visage du saint a été modelé et sculpté à la main, trait par trait, sans jamais être coulé dans un moule de série. C'est pour cela qu'il peut nous regarder vraiment.