Voici la statuette dans son état le plus émouvant : la figure debout, en plâtre blanc, tenue en main. Le visage de saint Joseph est déjà sorti de la matière — la barbe, le nez, le regard. L'Enfant Jésus aussi est là, joue contre joue. Le drapé est ébauché, les volumes sont en place. Mais la statuette n'a pas encore reçu la patine bronze qui lui donnera sa peau définitive. C'est l'avant-dernier instant : tout est formé, rien n'est encore couvert.
Cette étape révèle mieux qu'aucune autre la technique propre à cet atelier : le plâtre n'est pas seulement modelé, comme on travaillerait l'argile fraîche, il est aussi sculpté. Une fois la masse plâtreuse durcie, l'outil entre en scène — gouges, ciseaux fins, rapes — et permet de ciseler ce que le modelage seul n'atteint pas. Les traits du visage, les plis du drapé, les détails fins. C'est cette combinaison modelage + sculpture qui distingue le travail de l'atelier : deux gestes opposés sur la même matière, le premier qui ajoute, le second qui retire, jusqu'à ce que la figure trouve sa justesse.
Tenue en main pour cette photographie, la statuette dit aussi quelque chose de son échelle intime. À 35 centimètres, elle peut être serrée contre soi, transportée, posée sur l'autel familial ou la table de nuit. Ce n'est pas une statue monumentale qui domine un chœur d'église. C'est une statuette de dévotion privée, faite pour la main du croyant autant que pour son regard. La patine bronze qui suivra ne fera qu'affirmer cette présence : ce que vous voyez ici, dans son plâtre nu, c'est déjà la statuette telle qu'elle sera — réduite à l'essentiel, sans masque, sans couleur, dans la vérité du geste.