Avant la pierre, il y a l'argile. Ce prototype — photographié avec une règle graduée pour établir les proportions de la version grandeur nature — est la première vie de la Mater Dolorosa. Dans cette masse sombre d'argile crue, le sculpteur a posé les fondements de tout : la posture agenouillée, le mouvement ascendant du bras, l'inclinaison de la tête, les grandes masses de la draperie. C'est le moment où la sculpture existe pour la première fois.
La règle graduée dans le champ de la photographie est un outil de traduction — elle permettra d'agrandir proportionnellement chaque mesure du prototype pour passer à l'échelle grandeur nature. Mais c'est aussi un témoignage de la méthode du sculpteur : avant de tailler la pierre, il faut avoir résolu tous les problèmes plastiques dans une matière qui pardonne les repentirs. L'argile permet d'ajouter, de retrancher, de corriger — ce que la pierre n'autorise pas.
Ce prototype est une œuvre à part entière — une étude dans laquelle on peut lire l'intelligence compositionnelle du sculpteur, sa façon de penser la figure dans l'espace, de distribuer les masses et les vides. La Mater Dolorosa était déjà là, entière, dans cette première version sombre et provisoire.