La silhouette est presque libérée. Les ailes se détachent désormais clairement du bloc, le corps a pris sa forme définitive, les proportions sont établies. Il reste la finition — ce travail de surface patient qui va transformer la pierre taillée en sculpture polie, faire passer la matière de la rugosité du grain taillé à la douceur du calcaire poncé. Mais l'essentiel est là : l'ange existe.
Dans la lumière de l'atelier qui vient de la fenêtre à droite, la silhouette se découpe avec une netteté qui annonce déjà la sculpture finale. On reconnaît la posture — le corps légèrement penché, les ailes déployées, le bras qui porte le bouquet — même si la surface est encore brute par endroits. Cette étape de la taille directe est souvent la plus émouvante : la figure est libérée mais pas encore polie, sauvage encore dans sa matière mais pleinement présente dans sa forme.
Cette photographie est aussi un témoignage de l'espace de travail. L'atelier avec ses murs de pierre ancienne, ses outils posés sur le bord de l'établi, sa fenêtre qui laisse entrer la lumière du jour — tout cela dit le métier dans ce qu'il a de plus concret et de plus noble. La sculpture naît ici, dans ce silence habité par le bruit du ciseau et du maillet, dans cette patience du geste répété qui finit par donner vie à la pierre.