C'est le moment le plus vertigineux de la taille directe : le visage surgit. Alors que le corps reste encore dans la pierre brute — une masse informe de calcaire à peine dégrossie — le visage de l'ange est déjà là, reconnaissable, vivant. Les yeux, le nez, les lèvres sont taillés avec une précision qui contraste avec la rugosité du bloc qui les entoure. C'est ce moment que Michel-Ange appelait *disegno* — la figure qui se révèle d'elle-même à travers la matière.
Dans l'atelier encombré et lumineux, la pierre occupe tout l'espace. Les outils sont là — ciseaux, gradines, maillets — mais c'est la pierre qui commande. Le sculpteur en taille directe ne peut pas se tromper, ne peut pas revenir en arrière. Chaque coup de ciseau est une décision définitive. C'est cette contrainte absolue qui donne à la taille directe sa noblesse particulière et son exigence incomparable.
Cette photographie dit aussi quelque chose sur la temporalité de la sculpture. Le visage est fini alors que le corps ne l'est pas encore — le sculpteur travaille par zones, libérant progressivement la figure de sa gangue de pierre. On voit ici l'œuvre dans son devenir, dans cet état intermédiaire fascinant où elle est à la fois tout et rien, achevée et inachevée, vivante et encore prisonnière.